II. Les jeux olympiques

 

A. Le déroulement des Jeux

     Le monde grec était composé d'innombrables petits états indépendants opposés par des rivalités pouvant mener parfois à la guerre. Pourtant, tous les quatre ans, ces hostilités s'interrompaient : une trêve spéciale était déclarée et permettait aux grecs de se rendre aux jeux antiques pour y participer et y assister.

     Les jeux antiques auxquels se livraient les Grecs étaient divisés en quatre grands concours panhelléniques appelés aussi concours PERIODOS :

- PYTHIA (concours organisés tous les quatre ans à Delphes en l'honneur d'Apollon).

- ISTHMIA (concours organisés tous les deux ans au sanctuaire de l'Item consacrés à Posséidon).

- NEMEA (concours organisés tous les deux ans à Némée).

- OLYMPIA (les jeux les plus célèbres, concours organisés tous les quatre ans à Olympie en l'honneur de Zeus).

     Mais, ils ne sont pas les seuls : de nombreuses autres cités abritaient des concours réputés. Avec l'implantation de villes grecques en Asie suite aux conquêtes, le phénomène et l'habitude d'organiser des concours se sont étendus et ont atteint l'ensemble de la Méditerranée orientale et les pays de langue grecque.

     Les jeux olympiques étaient à l'origine une cérémonie où l'on célébrait Zeus et où l'on donnait des fêtes en son honneur. Aux festivités s'ajoutaient des sacrifices ou d'autres manifestations de ce genre, mais aussi des joutes oratoires, des concerts et des concours sportifs pour finir. La légende attribue d'ailleurs à Héracles, fils de Zeus, la paternité des jeux olympiques.

     Au début de l'année des jeux olympiques, on envoyait des messagers qui parcouraient le monde grec pour inviter les cités-états à payer leur tribut à Zeus. Ces cités-états pouvaient alors envoyer des délégations pour se mesurer ainsi aux délégations rivales.

     Puis vers le mois d'août-septembre, d'autres messagers appelés "théares" parcouraient une fois de plus le monde grec pour, cette fois ci, déclarer la Trêve Sacrée (c'est à dire que les guerres entre les cités participant aux compétitions étaient suspendues).

     Et finalement, après une longue attente, les jeux olympiques étaient officiellement ouverts. Lors de la cérémonie d'ouverture, un athlète allumait des feux sur l'autel où était offert un sacrifice à Zeus. Ensuite, tous les athlètes juraient de respecter les règles établies. Les jeux olympiques étaient dirigés par les magistrats suprêmes et duraient cinq jours :

- Le premier jour était consacré aux sacrifices et aux cérémonies religieuses.

- Le second jour, les épreuves débutaient selon toute probabilité par la confrontation des jeunes. Commençait alors la course à pied, puis la boxe et la lutte prenaient le relais (les jeunes ne participaient qu'à ces trois épreuves).

- Le troisième jour débutaient alors les compétitions adultes. La course à pied (stade, double stade, sept stades, puis le pentathlon) et les éliminatoires des sports de combats pour les finales étaient à l'ordre du jour.

- Au quatrième jour on assistait aux finales des sports de combat et à une course, celle en arme (on ne sait pas bien encore pourquoi elle n'était pas avec les autres courses).

- Le cinquième jour était destiné aux courses hippiques avec notamment les courses de quadriges où les concurrents s'affrontaient sur douze tours de piste (les jeunes pouvaient aussi y participer).

- Le dernier jour était en fait consacré aux vainqueurs, le front ceint d'un rameau d'olivier. Ils étaient, par la suite, plébiscités par la foule et reconnus comme des héros. On leur organisait alors un grand banquet où tout le monde était convié.

 

B. Les différents sports

 

     Les sports des jeux olympiques étaient nombreux (épreuves d'adresses et forces viriles où plusieurs disciplines avaient une origine guerrière : lutte, javelot, disque, course de chars, pugilat) mais peu variés. Si on laisse de côté les épreuves hippiques, ils comportaient trois groupes : les courses, les sports de combats et le pentathlon.

 

 

Différents sportsDifférents sports

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

· Les courses étaient les plus prestigieuses. La course du stade (stadion :198 mètres) était l'épreuve reine comme l'est actuellement le sprint. Il y avait aussi le double stade (diculon), une course de fond ou demi-fond (dolichos) de sept à vingt quatre stades soit de 1300 a 4000 mètres. Et enfin, une course en armes de deux stades.

Le nombre de candidats était assez faible : de 16 à 20 sans qu'il y ait d'éliminatoires.

Les coureurs s'alignaient, debouts sur la ligne de départ, les mains en avant et attendaient le signal pour partir (un coup de trompettes). Mais que de faux départs !

 

Coup de trompette !

 

 

Coureurs en armes

Quelques coureurs en armes

 

 

· Dans les sports de combats, on distinguait trois spécialités :

- La lutte (pale), combat à mains nues dont le but est de faire tomber l'adversaire et de lui faire toucher trois fois les épaules.

- Le pancréas ou pugilat, combat brutal où tous les coups étaient permis sauf mordre et aveugler l'adversaire : ce sport se pratiquait à mains nues et se déroulait jusqu'à ce qu'un des deux combattants ait reconnu sa défaite ; soit parce qu'il était épuisé soit parce qu'il était blessé.

- La boxe, enfin, qui visait au même résultat par la seule force des poings. La brutalité était telle que les arbitres étaient armés de bâtons ou d'aiguilles fourchues pour piquer les concurrents déloyaux.

 

Dans les sports de combats, les blessures étaient nombreuses et parfois mortelles. Il arrivait aussi que des athlètes remportent les jeux olympiques sans même avoir combattu (TIBERIUS CLAUDIUS MAXIMUS l'avait emporté à la lutte car lorsqu'il s'était déshabillé, ses adversaires avaient eu peur et avaient déclaré forfait : cette attitude n'est pas étonnante de la part des lutteurs car combattre un adversaire manifestement supérieur à soi pouvait infliger des blessures mettant fin à sa carrière ).

 

 

Lutteurs

 

 

Lutteurs

Quelques lutteurs

La première photo ci-dessus représente deux boxeurs qui s'affrontent. Dans la deuxième, ce sont deux lutteurs qui se défient.

 

 

Combat de pancrace

Ces deux hommes nus s'opposent en un combat de pancrace (ou pancréas). Les ruses et les coups irréguliers étaient monnaie courante ...

 

 

Entraînement

Entraînement

Très populaire, la lutte était l'un des sports les plus dangereux. Au milieu de ce socle de statue, deux lutteurs combattent; à gauche, un coureur est en position de départ, et, à droite, un lanceur de javelot teste son instrument.

 

 

 

· Le pentathlon, enfin, comptait cinq épreuves : la course à pied, la lutte, le saut en longueur (en fait, double ou triple sauts) qui se pratiquait avec ou sans haltères, le lancer du disque (il était projetté à l'aide d'une bandelette enroulée autour d'un manche ce qui provoquait un mouvement rotatif améliorant la distance et la précision) et le lancer du javelot.

Le vainqueur du pentathlon était celui qui remportait trois épreuves sur cinq. Un système complexe d'éliminatoires permettait de départager les exaequo. Mais le pentathlon n'était pas le concours le plus populaire (les athlètes du pentathlon étaient bons partout mais ne pouvaient rivaliser dans aucune discipline avec les meilleurs).

 

Athlètes du pentathlon

Ci-dessus, les athlètes du pentathlon. Le dernier sportif, à gauche, tient une paire d'haltères comme celui présenté ci-dessous.

 

Poids utilisé pour le saut en longueur

Ci-dessus, le poids utilisé par les sportifs pour le saut en longueur. En fait, les athlètes se servaient d'haltères en pierre ou en plomb, comme ce modèle romain qui comporte des rainures assurant une bonne prise. Ces poids de près de 2 Kg permettaient à l'athlète, dans un mouvement de balancier des bras, de sauter plus loin. Au moment de toucher le sol, le sauteur rejettait les bras en arrière et lâchait les haltères, gagnant encore quelques centimètres.

 

 

· Il y avait aussi, mais ce ne fut pas très populaire, des courses de chevaux dans lesquelles chaque participant devait posséder une monture ; Ces courses étaient réservées aux riches. Il existait aussi dans les courses hippiques des courses de chars à quatre chevaux.

 

 

C. Les athlètes

 

     Les athlètes devaient être tout d'abord des hommes grecs par la langue et par ascendance (aucune femme ne pouvait y participer ni y assister à l'exception de la prêtresse de Déméter. On ne connaît pas de raison très satisfaisante qui justifie cette différenciation entre les hommes et les femmes. Seule la nudité des coureurs pourrait en être la raison. On raconte pourtant qu'une fois, une mère s'était déguisée en homme pour voir son fils remporter la victoire).

     Chez les athlètes, il y avait trois sortes de catégories : les enfants, les jeunes gens et les hommes, qui pouvaient concourir dans les catégories supérieures (De nombreuses victoires étaient remportées dans un même concours parfois le même jour par le même candidat dans deux ou trois catégories différentes). En revanche, il n'existait pas de catégories de poids chez les sports de combats, ce qui privilégiait les lourds.

     Les athlètes exerçaient leurs épreuves nus (Pas de motif particulier pour cela. Les Grecs eux-mêmes se contentaient de quelques anecdotes peu convainquantes). Or la nudité n'est pas la tenue la plus appropriée à la pratique du sport surtout dans les épreuves de courses. L'usage d'un suspensoir ou d'un caleçon était attesté mais rarement représenté.

     D'où les athlètes de course, de saut de lancer étaient nus (à l'exception de la course armée où les athlètes étaient vêtus de boucliers et d'armes ). Par contre, les candidats des sports de combats s'enduisaient d'huile puis se recouvraient d'une fine couche de poussière, afin que le combat ne devint pas impossible (l'huile était destinée à mettre en valeur une belle musculature mais aussi à protéger l'épiderme).

     De plus, les boxeurs ou les pugilistes se protégeaient les mains de lanières de cuir. Au début, c'étaient de simples bandelettes de cuir souple mais, rapidement, elles sont devenues du cuir lourd et parfois lestées de métal.

Athlète massant le dos d'un compagnon

Sur ce vase est figuré un athlète massant le dos d'un compagnon avec de l'huile d'olive. Le surplus était oté à l'aide d'un racloir courbe en bronze .

 

 

 

D. Les différentes récompenses

 

     Les récompenses n'étaient décernées, au temps des Grecs, qu'aux premiers.

     Au début, le vainqueur d'une discipline des jeux olympiques recevait seulement une couronne de laurier et l'acclamation des personnes de la cité d'où il venait.

     Mais, rapidement, avec la prise d'importance de ces jeux et la professionnalisation des athlètes, les récompenses furent augmentées . Tout d'abord, les vainqueurs furent conviés à de somptueuses fêtes. Puis ils purent épouser la jeune fille de leur choix (souvent une aristocrate richement dotée) ou encore se faire ériger une statue en leur nom, être dispensés de payer leurs impôts, être nourris aux frais de leur cité, être exemptés de service militaire, acquérir la liberté, devenir responsables de leur cité, avoir le droit d'être citoyen là où ils ont gagné (parfois certains vainqueurs étaient citoyens de plusieurs cités ) .

     Mais surtout, ils purent gagner de l'argent dans les disciplines où ils concouraient (1250 deniers le double stade, 1000 deniers la course de fond.et celle où les vainqueurs en accumulaient le plus, le pancréas : 3000 deniers. Pour référence, 300 deniers permettaient à un Grec de vivre plus d'un an).

     En fait, pour les athlètes le plus important était l'argent mais surtout la gloire et la reconnaissance des autres. Ce qui explique que les sportifs n'avaient aucune notion du record mais comptaient surtout en nombre de victoires. Et ils se vantaient non pas d'avoir fait tel temps ou tel saut. mais d'être le premier de telles régions ou de telles cités, de tels groupes ethniques à avoir remporté tel concours.

     Cette reconnaissance se traduisait aussi par l'honneur de la cité qui arrivait à produire des athlètes victorieux : les Grecs venaient à croire que, si un athlète remportait de nombreuses compétitions, alors la cité d'où il était originaire formait de très bons guerriers (si celui-ci pratiquait, par exemple, un sport de combat).

 

Bol en or

Les vainqueurs des Jeux ajoutaient à leur propre gloire en offrant des présents dédicatoires à Zeus. Sur ce bol en or, qui date d'environ 600 av. J.-C., sont inscrits les noms des fils du tyran de Corinthe.

 

 

 

Jeune cavalier juché sur sa monture victorieuse

Cette statue de bronze représente un jeune cavalier juché sur sa monture victorieuse. La gloire qui émanait d'une victoire dans les disciplines hippiques des jeux d'Olympie allait aux propriétaires des chevaux plutôt qu'aux cavaliers ou aux conducteurs de chars.

 

 

Marathoniens

Marathoniens

L'athlétisme faisait partie des loisirs préférés des Grecs et figurait en bonne place dans les fêtes religieuses. Ces trois coureurs décoraient une poterie offerte au vainqueur de la course des Panathénées d'Athènes, données en l'honneur d'Athéna.

 

 

 

Disque fétiche

Disque Fétiche

Ce disque en bronze date du VIe siècle av. J.-C. Il porte une inscription selon laquelle son propriétaire, un athlète du nom d'Exoidas, remporta un concours de lancer et le dédia à Castor et Pollux, fils jumeaux de Zeus. Pollux était champion du lancer de disque.

 

 

 

E. Les sanctions

 

     L'enjeu des jeux olympiques était si important que de nombreux compétiteurs trichaient. S'ils étaient surpris en train de mordre, de tenter de crever les yeux de leurs adversaires ou d'essayer de corrompre l'arbitre, ils s'exposaient à de sévères sanctions : ces concurrents déloyaux devaient élever à Zeus une statue de bronze où leur nom était inscrit; une telle attitude entraînait donc de lourdes dépenses et la honte, ce qui était tout le contraire de ce que recherchaient les participants ...